Conflit : Et si l'on considérait le comportement de l'enfant comme étant l'un de nos miroirs?



Les conflits ou incompréhensions parents-enfant constituent de fréquents motifs de consultation. Les termes d'enfants « opposant », « défiant », « tyran » sont de plus en plus répandus et le trouble oppositionnel avec provocation a été introduit dans la classification américaine du DSM-5 (manuel de référence du diagnostic des troubles mentaux) depuis les années 2010 (parution en Mai 2013). Loin de clore le débat, cette proposition du DSM-5 relance une série de questions auxquelles il serait sans doute utile de répondre pour donner du sens à ce que parents et enfants vivent.


Tout d’abord, avec ce type de désignation et de diagnostics l'enfant se trouve affublé d'une qualification qui le désigne comme seul porteur de la réalité de cette opposition. A quoi résiste-t'il ? A quoi s'oppose-t-il ? A quelle réalité nous renvoient ces termes? L'enfant serait-il la source de tous les maux du parent? Incarne-t-il réellement un élément perturbateur ou tente-t-il de faire entendre sa voix et de s'affirmer?


Ensuite, qu'en est-il de ces parents qui qui essayent de mettre des limites à l'enfant sans succès ? La littérature abonde de manuels à l'usage des parents pour « se faire obéir sans céder à la colère », pour « apprendre à se faire respecter ». S'agit -il simplement de l'application d'une méthode ? De point clefs à intégrer absolument dans son style éducatif ? C’est à dire d’un protocole technique comme il faut en appliquer journellement dans le monde de l’entreprise ? Si cela était vrai, pourquoi alors rien ne semble fonctionner pour ces familles ?


Lorsque nous abordons la question de la conflictualité intra-familiale nous buttons facilement sur deux écueils.

  • D'une part, celui de la vision dichotomique de la victime et du bourreau (dont les places sont d'ailleurs facilement interchangeables selon les arguments), comme en atteste les termes empruntés par la littérature (« enfant tyran », « enfant opposant », etc). Il y aurait deux camps, (parental, versus celui de l'enfant) dont l'un serait davantage défaillant ou problématique que l'autre. Je plaide davantage pour parler de difficulté de lien, réunissant deux individualités qui peinent à se comprendre et à communiquer.

  • D'autre part, il apparaît judicieux de ne pas se cantonner à percevoir la réalité en surface, centrée sur l'attitude perçue, le visible, mais bien plutôt de s'interroger sur ce qui se joue en profondeur. A quoi bon appliquer une attitude de parent qui veut se faire respecter si - à l'intérieur de soi – nous n'incarnons pas cette autorité juste ? Cette souveraineté ? Si nous ne nous respectons pas nous-même ? Est-ce que l'on se respecte soi même lorsque nous demandons 10 fois à l'enfant de venir à table à l'heure du dîner? L'enfant perçoit facilement ce type de dissonances et ne se laisse que peu influencer par les apparences.


Une possibilité pour élargir et enrichir notre vision de ce qui est en jeu serait de considérer le comportement de l'enfant comme étant l'un de nos miroirs.


Ainsi, face à un comportement difficile, on peut s'interroger :

  • Que vient nous dire cet enfant par son comportement?

  • Que nous montre-t-il?

  • Sur quel bouton déclencheur vient-il appuyer ?

Les réponses sont évidemment plurielles. Ce miroir peut refléter au parent là où il en est sur son chemin d’évolution, en tant qu'être multi-facettes; dont plusieurs sont bien souvent inconscientes.


Prendre conscience de là où l'on se situe par rapport à ces aspects nous permet de prendre de la hauteur par rapport au conflit, de donner du sens à ce qui est vécu et de changer le regard que l'on porte à l'enfant, qui vient révéler, plutôt qu'endosser le rôle de "perturbateur".