Accueillir et accompagner les émotions de l'enfant : Pourquoi est-ce si difficile?



La colère des enfants/adolescents constitue un fréquent motif de consultations. Au delà des murs d'un cabinet de consultation, il est particulièrement fréquent de voir les émotions de l'enfant balayées « il n'y a pas à avoir peur de ça ! » « tu ne vas pas pleurer pour si peu ! » « ce sont des caprices ». Pourtant, l'émotion est bien présente, les neurotransmetteurs sont en action, et tout le corps de l'enfant participe de son expression. Cela constitue la réalité de ce qu'il vit, à l'instant présent, avec l’entièreté de son être. Il passe d'ailleurs facilement d'une émotion à l'autre dans la journée, sans s'y attacher, sans s'y identifier. Les émotions sont toutes utiles et reflètent la réaction du sujet face à ce qui se produit. Elles sont donc légitimes et il apparaît important de leur prêter notre attention étant donné la manière dont elles conditionnent nos choix, nos réactions ,nos décisions, notre façon de communiquer. Pourquoi en tant qu'adulte est-ce si difficile d'accueillir et d'accompagner les émotions de l'enfant ?


Notre vision des émotions constitue une partie de la réponse.

On constate qu'il y a une tendance à vouloir supprimer les émotions qui dérangent en société et garder celles qui sont acceptables. Or, les émotions ne sont ni bonne ni mauvaises. Osho (dans son ouvrage intitulé Emotions) nous le rappelle, même la colère et la tristesse ont des aspects positifs. La tristesse peut nous plonger très profondément en nous, nous offrant alors la possibilité de mieux nous connaître. La colère quand à elle nous invite par son dynamisme à la mise en mouvement, à mettre en place des changements. La société a tendance toutefois à les réprimer en exigeant un contrôle des émotions par chaque individus. Cela peut s'expliquer principalement parce que l'homme a tendance à libérer ses émotions sur les autres. Enfin, certains préfèrent ne pas leur laisser de place par peur des conséquences, par peur de passer un moment désagréable, ou d'apparaitre vulnérable. Car accepter son émotion et l'exprimer c'est également accepter sa vulnérabilité.


Notre habileté à exprimer nos émotions conditionne notre capacité à accueillir l'émotion de l'enfant.

Bien que cela apparaisse évident, ce point nous invite à nous observer et à faire le point : Avons-nous tendance à réprimer nos émotions ou au contraire à leur faire de la place ? Lorsque nous gardons l'émotion dans notre corps, nous la rendons nocive et nous nous plaçons davantage du coté du contrôle. Nous ne sommes plus authentiques à ce moment là, en décalage avec nous même. Parfois nous ne sommes même pas conscient du fait que nous réprimons une émotion. Des comportements de fuites peuvent être observés et résultent en des stratégies inadaptées même si elles procurent un soulagement temporaire. Car les émotions sont toujours la ensuite. Je fais référence à ces heures passées devant la TV/internet, la suralimentation, la surcharge de travail, la surconsommation, l'alcool et les drogues, l'analyse qui n'en finit plus. En restant bienveillant, l'on peut s'interroger sur ce que l'on a déjà essayé qui finalement n'a pas marché. L'expression de l'émotion va au contraire permettre de rester dans la justesse de ce que l'on vit et de qui l'on est. L'expression de l'émotion permet sa transformation, sa transcendance.


La manière dont on a été accompagné sur le plan émotionnel lorsque nous étions enfant.

Dans une vision holistique, une émotion non exprimée est une émotion qui s'inscrit dans le corps émotionnel de la personne. L'émotion est mise en mémoire au niveau du corps, par le processus de mémoire cellulaire. Cette émotion peut être réactivée en fonction du vécu ultérieur de la personne et cela se traduit notamment par des réactions ou émotions disproportionnées. Si étant enfant nous avons réprimé – et donc mis en mémoire - nos émotions de tristesse, de colère, de honte, ces vécus constituent autant de « boutons déclencheurs » sur lesquels l'émotion de l'enfant vient appuyer. La colère de l'enfant vient réveiller celle de notre enfant intérieur et peut provoquer... une explosion !